À la recherche de John Arseno!

 

Dans le texte précédent, nous avons fait connaissance avec Célestin Arsenault, débarqué en Haute-Côte-Nord vers 1891-1892. Bien que nous sachions d’où il arrivait, sa lignée patronymique risque d’être très ardue à établir.

La complexité de la recherche s’explique facilement : Nos registres sont généreux pour les généalogistes. Ceux des acadiens, souvent écrits en latin ou en anglais offrent très peu de détails, sans compter tous les documents perdus. C’est ce qui rend la recherche sur ces Arsenault si ardue. De plus, ce patronyme au Nouveau-Brunswick est aussi commun que Bouchard au Québec. Sans la connaissance du territoire et de son histoire, il est pratiquement impossible de retracer la filiation d’une personne.

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Recherché : John Arseno!
Comme déjà mentionné, notre Arsenault est le fils de Jean-Baptiste et Sophie Roy. L’homme recherché, afin d’établir la filiation de Célestin, est Jean-Baptiste Arsenault, les multiples façons d’écrire ce patronyme est un obstacle majeur, ajouté au fait que notre homme se faisait appeler parfois John.

John (Jean-Baptiste), se marie une première fois, à Bathurst au Nouveau-Brunswick avec Marcelline Boudreau, le 25 novembre 1850. Les parents des époux ne sont pas mentionnés. Toutefois, les généalogistes acadiens s’accordent, pour donner comme parents de l’épouse, François Athanase et Henriette Roy. De cette première union, trois enfants verront le jour, Jean, Marguerite et Élisabeth. Où et quand décèdera Marcelline? On l’ignore.

Le 11 octobre 1864, en la paroisse Ste-Famille de Bathurst, John (Jean-Baptiste) épouse Sophie Roy. Il est dit de Bathurst et elle de Petit Rocher, aucune mention des parents des mariés, nous avons par contre deux témoins : Maturin Landry et Rose Roy. On mentionne toutefois une dispense pour affinité du second au troisième degré.

La dispense surlignée en bleu. Ce genre de dispense suppose un lien de parenté par alliance. Indice pour remonter la filiation de Sophie? Possible.

Cette dispense pourrait nous guider vers l’ascendance de Sophie, serait-elle une parente d’Henriette Roy? (mère de Marcelline Boudreau, la première épouse de John). La clé du mystère passerait-elle par Rose Roy qui est témoin au mariage? Probablement. Sophie serait donc une parente de Marcelline?

John et Sophie Roy donneront naissance à au moins six enfants. Encore une fois, on ignore quand et où décède l’épouse de Jean-Baptiste, Sophie Roy. On suppose son décès devant un troisième mariage de John avec Mary Frigault, le 1er octobre 1888, à Bathurst. Jean-Baptiste approchait la soixantaine à ce moment, aucun enfant ne semble être issu de cette union.

Enfants issus des deux mariages de Jean-Baptiste Arsenault

À partir de ces informations,
embarquons-nous pour le Nouveau-Brunswick!

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Cap sur les acadiens du Nouveau-Brunswick
Devant l’impossibilité de tracer l’ascendance de Jean-Baptiste/John de manière conventionnelle, il faut dépouiller les registres et recensements du Nouveau-Brunswick, dans l’espoir de retrouver des traces de cette famille Arsenault. Selon le gouvernement canadien « Les recensements de ces comtés (Gloucester et Kent) n’existent plus » pour 1851. Une belle occasion perdue d’en savoir plus.

À force de persévérance, nous pouvons retracer les baptêmes des trois enfants du couple Arsenault/Boudreau. Les parrains marraines portaient, en majorité, le patronyme Arsenault. Mais sans la mention, si précieuse, d’un lien entre ces témoins et les parents.

Lors du recensement de 1861, on retrouve La famille, à Beresford, petit village à 9 km de Petit-Rocher.

Lors du recensement de 1861, on retrouve La famille, à Beresford, petit village à 9 km de Petit-Rocher.

Il est fort probable que l’énumérateur ne prenait pas la peine de mentionner le lieu exacte de l’habitation. Nous sommes possiblement à Petit Rocher. Comme dans notre région quand l’énumérateur inscrivait St-Paul-du-Nord, Portneuf et les quelques habitants des Ilets-Jérémie sous l’appellation «Mille-Vaches».

Au recensement de 1871, à Beresford, Marcelline n’est plus. Les enfants sont avec leur père, remarié avec Sophie Roy, et les enfants de son union avec cette dernière. Lors du recensement de 1881, il m’est impossible de retrouver la famille. Serait-ce qu’elle est dispersée suite au décès de Sophie? Pourtant, c’est à Bathurst que Jean-Baptiste se marie une troisième fois. Il est donc, probablement, toujours présent dans ce coin. Enfin, au recensement de Bathurst, en 1891, on retrouve Jean-Baptiste, sa troisième épouse, Mary Frigault avec Peter Célestin et Mary. Les autres enfants sont absents. Denis, 26 ans est en âge d’être marié, même chose pour Joseph, 23 ans. Philéas, âgé d’environ 17 ans manque à l’appel et Catherine, 19 ans aussi. Où sont-ils?

Finalement, on trouve le décès de John-Baptiste, à Bathurst, en date du 25 février 1897, on le dit décédé de consomption, malade depuis 4 mois, mais aucune autre indication sauf qu’il est originaire de Bathurst et âgé de 65 ans. Ce qui porterait sa naissance autour de 1832. Le mystère demeure entier, si on regarde chacun des recensements, on saura plus tard, qu’il n’a donné son âge exact qu’une fois, au recensement de 1871.

La clé de l’énigme?
En étudiant, attentivement, tous les recensements et actes de mariages/baptêmes retrouvés, j’entrevois une parenté avec des Roy, Boudreault, (normal, ce sont les patronymes de ses épouses) mais le nom Haché revient constamment. Au hasard de mes recherches avec ces patronymes, je me retrouve sur la Base Arsenault. Une base de données en ligne où on écrit ceci sur la fiche d’un certain Jean-Baptiste Arseneault, fils de Marguerite Haché : Aurait une fille du nom de Catherine, née vers 1871, qui demeurait chez son frère Antoine et Léa Doucet.

Catherine? La Catherine qui manque à l’appel en 1891? Je repars donc vers le recensement de 1891 afin d’observer… et m’apercevoir que la clé de l’énigme est là, sous nos yeux! En effet, comme deuxième voisin de Jean-Baptiste, on retrouve Antoine Arsenault et son épouse, sous leur toit, leur nièce Catherine, 19 ans. Cet Antoine Arsenault, sa filiation est établie, il est le fils d’Antoine et Marguerite Haché!

Recensement de 1891 de Bathurst.

En vert la famille d’Antoine Arsenault, avec sous leur toit, la nièce Catherine. Un peu plus loin, donc, proche voisin, la famille de Jean-Baptiste avec Peter Célestin, notre «Célestin Arsenault»!

Toujours selon la Base Arsenault, Catherine aurait été adoptée par Antoine, frère de Jean-Baptiste. Philéas aurait-il, lui aussi, été adopté suite au décès de sa mère? Étrange que l’on retrouve quand même Pierre-Célestin avec son père par la suite. De plus, en poussant ma recherche, je constate que Catherine était déjà dans cette famille, lors du recensement de 1881.

Donc, il reste à prouver, par preuves circonstancielles, que Jean-Baptiste est bien le frère d’Antoine et par conséquent le fils d’Antoine et Marguerite Haché de Bathurst. En ressortant les baptêmes des enfants de Jean-Baptiste, en tentant de relier les parrains et marraines, la piste devient plus que probable.

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Regard sur la famille d’Antoine et Marguerite Haché
Qui sont les enfants de cette famille?
Peuvent-ils être les frères et soeurs de notre Jean-Baptiste/John ?
Les voici :

– Antoine (1826-1826)

Antoine (1827 à Bathurst) : Il a, sous son toit, en 1891, sa nièce Catherine, 19 ans.

Jean-Baptiste (20 JUIN 1829) : Aurait une fille du nom de Catherine, née vers 1871, qui demeurait chez son frère Antoine et Léa Doucet.

Marie b: 18 JUL 1831 : La marraine de Jean (20 février 1852) se prénomme Marie.

Louisia : La marraine d’Élisabeth (23 mars 1856) se prénomme Louisia.

– Tharsille

Marguerite (16 OCT 1835) : La marraine de Marguerite (3 juillet 1854) se nomme Marguerite.

Enfin, pour terminer, le parrain de Jean (20 février 1852), premier fils de Jean-Baptiste, se nomme Antoine! Comme c’est la coutume, le grand-père paternel est parrain du fils aîné?

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À la lumière de ces informations, retour sur le recensement de 1861, en regardant les voisins immédiats de Jean-Baptiste et Marcelline, nous retrouvons Michel Haché et sa famille, il s’agit du cousin de Jean-Baptiste. Le voisin précédent est le père de ce Michel, Louis, l’oncle de Jean-Baptiste. Selon une note, sur la fameuse Base Arsenault, ce lot était la propriété de la famille depuis 1812, il avait été acquis par le grand-père de Jean-Baptiste, Michel Haché natif de l’Île-du-Prince-Édouard.

Euréka!
Les nord-côtiers, les charlevoisiens et bien d’autres s’établissaient autour de la maison paternelle, on morcelait les terres afin d’établir les enfants. Les acadiens avaient aussi cette façon de faire. En suivant cette logique, il faut croire que Jean-Baptiste dit John habitait sur la terre familiale, entouré de sa famille!

 

Et en final, le baptême de Jean-Baptiste Arsenault! Né/baptisé le 20 juin 1829, en la paroisse Ste-Famille de Bathurst. Son parrain est Simon Arsenault et sa marraine, Vénérande Haché.

Baptême de «Jean Baptiste Arceneau»

 

D’Amérique et de France
Cette lignée Arsenault est originaire de Beaubassin, en Acadie. Naturellement, ils auront connu la déportation. On remonte facilement la lignée, sans toutefois avoir les dates exactes :

Jean-Baptiste / Antoine et Marguerite Haché / Simon et Marie Melanson / Joseph et Marie Haché dit Gallant / Charles et Marguerite Poirier / Charles et Françoise Mirande dit Tavare / Pierre et Marie Guérin.

Le Grand Dérangement frappa le couple de Joseph et Marie Haché. Ce sont eux qui arriveront à Bathurst suite à la Déportation.

Quant au premier de la lignée, Pierre, on dit qu’il est «originaire de Rochefort (Charente-Maritime), né en 1646, arrivé de France en Acadie en 1671. Dès son arrivée à Port Royal; il devient pilote et capitaine au service de Jacques Bourgeois, qui s’occupait de cabotage et faisait du commerce et troc avec les Indiens, sur les côtes de la baie Française (Fundy). Pierre Arsenault collabora étroitement, avec J.Bourgeois, à la fondation de la colonie Bourgeois, qui devint Beaubassin, où il s’est établi vers 1687, avec sa famille.»

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Dix ans plus tard
La conclusion de cette chronique s’étaye sur plusieurs autres croisements au niveau des témoins, des faits. Certains témoins, comme des cousins de Jean-Baptiste et ses épouses, sont passés sous silence dans ce texte, question d’alléger le tout. Toutefois, ma conclusion n’est pas due au hasard, de multiples preuves l’appuient. Ce texte n’offre donc que les preuves les plus évidentes.

Cette recherche s’étira sur dix longues années. Régulièrement, je remettais Jean-Baptiste sur ma table de travail. Je trouvais un indice ou piochait sans succès. La mère de Célestin Arsenault, Sophie Roy, demeurait toutefois énigmatique. Peu importe le chemin, je ne trouvais rien sur elle.

Jusqu’au jour où l’évidence s’offrit à mes yeux, il y a quelques semaines… quand j’ai découvert, au hasard d’une partie de pêche dans les recensements, une Sophia Roy. Cette Sophia a une soeur ainée prénommée Rose, comme la personne qui lui sert de témoin à son mariage. Cette Sophia a un frère, qui se nomme Thomas, comme le parrain de son fils Denis (1865); Un frère qui se prénomme Jean-Baptiste, comme le parrain de Célestin (1873); Un petit frère prénommé Peter, comme le deuxième prénom de notre Célestin.

Et vouloir aller plus loin, je pourrais vous dire que Célestin Arsenault a prénommé ses enfants du nom de ses oncles et tantes, soit Rosa (ou Rose), Catherine, Louisia. Sophie Roy était réellement une parente de Marcelline, la première épouse de Jean-Baptiste.

Parenté entre les deux premières épouses de Jean-Baptiste Arsenault.

 

Vous me suivez toujours?
Cette histoire est ma première énigme généalogique. J’aurai donc cherché pendant plus de dix ans pour la résoudre. Je me suis entêtée parce que je connais les descendants… y’en a justement une qui va me lire… dommage pour les centaines d’autres!

 

 


Pssst!
La langue française, si belle et si précieuse, demeure néanmoins ardue à écrire. Si vous voyez des fautes, s.v.p., ne vous gênez pas de commenter afin de les souligner. Merci!

1 commentaire sur “À la recherche de John Arseno!

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