Sous les branches (Énigmes patronymiques)

 

Après la chronique sur les Marie, Joseph et autres changements de prénoms, publiée à l’automne, certaines recherches sur des énigmes patronymiques ont remonté à la surface. Croire que les nombreux Tremblay sont à l’origines de cafouillages du genre est permis… mais point réel. Du moins pas dans la généalogie des gens de la Haute-Côte-Nord.

En douzième position au palmarès des patronymes les plus populaires dans la région (du moins selon ma base de données) mais en 200e position au Québec (selon des chiffres de 2006), c’est avec le nom Desbiens que je rencontrerai ma première énigme homonymique. Elle met en scène Louis Desbiens, fils de Thomas et Adèle Tremblay de Bergeronnes. Louis est le petit-fils de Sébastien, à l’origine de la plus grande famille Desbiens du secteur.

Des…biens et des troubles!
Louis Desbiens (Thomas et Adèle Tremblay de Bergeronnes) épouse
Émma Desbiens (Joseph et Christine Foster), le 14 novembre 1881, à Chicoutimi.

Mariage de Louis et Emma, couple qui résidera à Bergeronnes.

(Remarquez le problème pour les chercheurs : Le prêtre inscrira DÉBIENS et l’indexation se doit de transcrire fidèlement les noms.)

Un an et demi plus tard :
Louis Desbiens (Alexandre et Agathe Gaudreault) épouse
Émma Desbiens (Bernardin et Marie Boulianne), le 8 janvier 1883, à Laterrière.

Mariage du couple homonyme à Laterrière.

(Ces gens n’ont rien à voir avec notre histoire locale mais compliquera l’histoire du premier couple!)

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Notre Louis Desbiens (Thomas et Adèle Tremblay) décède le 4 juin 1883, à Bergeronnes, en laissant une seule fille, Adélina. En cherchant le destin de son épouse, Émma Desbiens, plusieurs sources font mention d’un mariage avec Louis Grenon en 2e noces et ensuite, une 3e noces avec Louis Adem Grenier.

Selon les registres :
Émma Desbiens, veuve de Louis Desbiens, épouse Louis Grenon (Napoléon et Malvina Girard), à Chicoutimi, le 10 novembre 1884.
Émma Desbiens, veuve de Louis Desbiens, épouse Louis Adem Grenier (veuf d’Évangeline Giroux), à Métabetchouan, le 8 janvier 1917.

Nous avons un problème, elle ne peut être encore «veuve de Louis Desbiens» en 1917. Observons :

– Lors du mariage Desbiens/Grenon, le témoin de la mariée est Joseph, son père, c’est notre Émma.

– Notre Émma est dite veuve de Louis Desbiens de Chicoutimi, l’autre couple vit à Métabetchouan.

– Finalement, le Louis Desbiens de Laterrière n’est pas décédé en 1884, il décèdera en juin 1914, à Métabetchouan, donc sa femme ne peut épouser Louis Grenon en 1884.

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Pourquoi ce charabia?
Le nouveau couple composé de notre Émma et de Louis Grenon semble disparaître après 1886 approximativement. Il n’en fallait pas plus aux «faiseux d’annuaire» pour «starter une légende» et fusionner tout ce beau monde! Si on délaisse les bases en ligne afin d’aller aux archives, nous ne trouvons rien. Comment trouver le destin de ce couple et de la fille issue de son mariage avec notre Louis Desbiens? Élargissons notre esprit, nous sommes en 1886, la décennie la plus marquante pour l’immigration aux États-Unis.

Les Ricains, ils l’ont l’affaire!
Émma et Louis (devenu Lewis) migreront en Ohio, vers les années 1886-87, Adélina changera de nom et deviendra Diana Grenon, elle décède en septembre 1902 à Toledo en Ohio.

Sépulture d’Adélina Desbiens, fille du Bergeronnais Louis Desbiens, dite Diana Grenon. Les dates sur l’épitaphe correspondent à Adélina. ©familysearch.org

Quant à Émma, elle décèdera le 28 septembre 1922 et son deuxième époux, Louis Grenon, le 1 novembre 1926, tous les deux à Toledo.

Décès du couple Desbiens/Grenon à Toledo. ©familysearch.org

La clé de l’énigme
C’est le recensement de 1900, en Ohio, qui confirme la théorie. En jaune, Emma, Louis et Adélina devenue Diana, ainsi qu’à la ligne suivante, le premier fils du couple, né à Chicoutimi, Wilbrod.

Recensement américain de 1910. ©familysearch.org

La maisonnée précédente (en vert) est celle du frère d’Émma, Louis et son épouse, Marie Sergerie, Arthur, leur fils, né à Chicoutimi, est le filleul d’Émma.

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Ah! Les Anglos!
Cette histoire fait écho à une autre. Toujours avec le patronyme Desbiens mais sans lien de parenté avec Louis.

Clara Desbiens, née le 24 juin 1908, à St-Paul-du-Nord, fille de Siméon et Delvina St-Gelais. Cette famille migre en Ontario. Il est assez simple de trouver le destin de tous les membres de la famille, sauf Clara.

Selon les registres de Sturgeon Falls (Ontario), elle épouse, le 6 septembre 1925, Walter Cuerrier – né le 13 novembre 1900 à Nipissing – fils de J-Baptiste et Victoria Lafleur.

Le couple aura au moins 2 fils, né dans le secteur de Nipissing :
Édouard Willie, né le 15 juillet 1926.
Fernand Olivier, né le 2 juin 1928.
Après, ils semblent disparaître de la circulation.

On pouvait facilement supposer, à l’instar de la première histoire, un décès prématuré pour Walter; un remariage pour Clara et un changement de nom pour les enfants. Encore une fois, aller au bout de la recherche, avec tous les éléments connus de l’équation, nous apporte la réponse.

En trouvant le mariage de Fernand, un détail saute aux yeux :
Il est très clairement écrit qu’il est le fils de Walter Cuillerier alias Spooner et Clara Desbiens.

Mariage de Fernand, clé de l’énigme. @Registres Drouin.

Donc, de Cuillerier dans sa forme originale, on passe à Cuerrier, déformé par les anglophones lors du mariage de Walter pour finir en Spooner (fabricant de cuillères?) dans l’anglicisation du patronyme!

Dans la lignée de certains franco-Ontariens nommés Spooner, on retrouve donc une petite Desbiens de Mille-Vaches! Ces Cuillerier étaient originaire de Côteau-du-Lac en Montérégie.

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Un soupçon de Tremblay?
Finalement, pour un mélange parfait, y’a rien de tel qu’un peu de Tremblay dans l’équation. L’énigme suivante aura fait couler beaucoup d’encre dans les forums de discussion.

Beaucoup de nos familles pionnières prennent racine dans Charlevoix, où la variété patronymique n’est pas plus présente qu’en Haute-Côte-Nord. Le beau mélange concerne des Tremblay et des Simard. Retrouver le nom Tremblay, au premier rang des noms au Québec et chez-nous, n’est point surprenant. Le deuxième nom en cause, Simard, est moins commun. Il est au 19e rang au Québec et au 11e dans nos villages.

En Charlevoix au XVIIIe siècle
En deux temps, nous aurons des couples homonymes. D’abord dans la décennie 1730 et trente ans plus tard. Ce qui a le mérite de nous épargner quelques erreurs. Encore faut-il être très attentif et voir la logique de nos informations… et ne pas confondre les générations.

N’oublions pas que le lieu du mariage ne correspond pas nécessairement au lieu d’établissement de la famille. On se mariait dans la paroisse de mademoiselle et qui prend mari, prend pays.

Quatre mariages homonymes… sur un très petit territoire.

Il est évident que les deux couples Simard/Tremblay de la décennie 1760, tous les deux aux Éboulements, provoqueront des migraines aux généalogistes. L’énigme est pratiquement insoluble car les prêtres ne mentionnent que les prénoms usuels dans les actes, sauf Louis Roch Augustin en certaines circonstances.

La seule solution consiste à s’arracher les cheveux ou faire la reconstitution complète des familles des deux époux afin de pouvoir identifier les parrains/marraines lors des baptêmes des enfants. Toute une entreprise.

Heureusement, il existe une ressource qui se nomme PRDH, soit Le Programme de recherche en démographie historique de l’Université de Montréal. Ils se sont donné comme mandat, dès 1966, de reconstituer exhaustivement la population du Québec ancien depuis le début de la colonisation française jusqu’en 1849. Un peu l’équivalent de Généalogie Haute-Côte-Nord mais pour l’ensemble du Québec. Donc, en se fiant à cette ressource inestimable, nous pouvons reconstituer les familles et avoir consensus sur ces lignées.

Reconstitution des deux familles Simard/Tremblay des Éboulements.

Finalement?
Encore une fois, ces exemples démontrent qu’une vraie recherche – dans les documents d’archives : registres, recensements, cimetières et autres ressources de premières mains – ici PRDH – fournira toujours une meilleure réponse que les bases de données en ligne.

 

Mais surtout, le bonheur, en généalogie, ce n’est pas la destination, mais le voyage!
C’est là que réside l’histoire…

 

 

 


Pssst!
La langue française, si belle et si précieuse, demeure néanmoins ardue à écrire. Si vous voyez des fautes, s.v.p., ne vous gênez pas de commenter afin de les souligner. Merci!

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